L’autonomie alimentaire des territoires

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Pendant longtemps les villes ont été autonomes au niveau de leur alimentation ; producteurs et consommateurs vivaient à proximité. Quand la population augmentait, la production suivait ; la demande appellant l’offre, soit de nouveaux producteurs s’installaient, soit les producteurs augmentaient les surfaces travaillées.

Cette logique de bon sens, conserver son autonomie alimentaire, s’est perdu au cours  de la seconde moitié du 20ème siècle. L’agriculture a adopté un système productiviste : les producteurs se sont spécialisés, vendant en gros à des intermédiaires mais à des prix plus faibles. Et ils ont perdu, au passage, leur liberté.  Quant aux consommateurs, ils ont acheté, peu importe la provenance, perdant en même temps le lien à la terre. Avec le pétrole abondant, les moyens de locomotion de plus en plus rapides, rien n’a freiné ce processus.

En 2016, les agriculteurs ne  représentaient plus que 3,6% de la population active. Ils ne sont que rarement aux portes des villes. Pourtant, relocaliser la production aurait bien des avantages.

Le constat

Une étude* a évaluée le degré d’autonomie alimentaire des 100 premières agglomérations urbaines françaises. En moyenne, la part du local, dans la totalité des produits agricoles incorporés dans les différents produits alimentaires consommés par les ménages, est de 2%. Le classement souligne des grandes disparités mais aussi un potentiel dont beaucoup de villes ne profitent pas. Seules 8 aires urbaines dépassent le seuil de 5% d’autonomie alimentaire alors que 58 sont sous la barre des 2%. L’organisation des territoires ressort complètement incohérente puisqu’en moyenne, sur les 100 aires urbaines analysées, 98% de l’alimentation est composée de produits agricoles ‘importés’ d’ailleurs (autres régions et étranger) alors que dans le même temps 97% des produits agricoles locaux sont ‘exportés’ hors de la zone.

Les deux villes les plus autonomes de France sont Avignon avec 8,12% d’autonomie alimentaire et Valence avec 6,43 %.

Améliorer l’autonomie alimentaire des villes : quels avantages ?

  • une légère diminution de la pollution (mais en ces temps, tout est bon à prendre) : les trajets seraient moins longs, et des transports inutiles seraient évités. Suivant les régions, les modes de transport pourraient être diversifiés (par exemple, transport par train ou bateau). En plus, la proximité des producteurs et consommateurs assure une sécurité alimentaire à la ville.
  • une alimentation plus saine : plus facile de contrôler les modes de production de produits locaux que ceux de produits qui viennent de très loin. En 2013, le scandale de la viande de cheval qui impliquait des abattoirs, des négociants, des intermédiaires et des transformateurs ont montré les limites des contrôles quand les produits alimentaires vont et viennent entre différents pays.
  • une diversification de la production locale pour offrir un choix suffisant aux consommateurs. La polyculture s’imposerait aux producteurs locaux. Si en même temps, la production s’orientait vers un mode de production biologique, il en ressortirait une amélioration de la qualité des sols.
  • l’installation de nouveaux  producteurs serait une autre conséquence d’une production plus locale avec un effet bénéfique sur l’emploi mais aussi écologique puisque cela limiterait l’étalement urbain avec toutes les conséquences désastreuses de l’artificialisation des sols. L’opposition au projet EuropaCity (qui impliquait la destruction de centaines d’hectares de terres fertiles au nord  de Paris), puis son échec, a témoigné de l’attachement du public à la conservation d’une ceinture verte autour de la ville.
  • une plus grande diversification de la distribution : des circuits court plus nombreux (vente sur les marchés, en amap) et des circuits moins court mais locaux (petits commerces, supermarchés participatifs, halles plus petites mais plus nombreuses).
  • une consommation de l’eau plus équilibrée sur le territoire national. La production nécessite beaucoup d’eau, les zones très productrices sont donc très consommatrices d’eau au détriment des réserves locales.
  • enfin cela obligerait les consommateurs à revoir leur mode de consommation, à réapprendre à consommer selon les saisons, à connaître le vrai prix de la nourriture (en assurant aux producteurs et aux travailleurs agricoles une rémunération juste). Les consommateurs devraient alors revenir à une  consommation moindre mais équitable.

Les limites à l’autonomie des villes ?

  • la production des produits est liées aux conditions climatiques et aux propriétés du terrain (les oranges pousseront toujours mieux en Espagne). Les échanges entre territoires ne sont pas mauvais mais l’absence de modération dans les échanges l’est indéniablement ; l’objectif n’est donc pas d’interdire les échanges mais de les limiter.
  • l’essentiel des gaz à effet de serre sont émis lors de la phase de production donc cela ne change pas le problème de la pollution mais assurer une diversité du paysage périurbain est tout de même bénéfique. La terre et les végétaux piège le CO2 d’où l’intérêt de garder des forêts et campagnes près des villes ; de même, prévoir plus de terrain végétalisé autour et dans les villes limite le phénomène d’ilôt de chaleur urbain (pourquoi ne pas multiplier, dans la ville, les potagers cultivés en permaculture ?).

Les moyens pour une plus grande autonomie alimentaire des villes ?

Une plus grande implication des collectivités locales et territoriales est indispensable. Elles doivent adopter une politique agricole et alimentaire plus exigeante. Elles doivent repenser l’aménagement de leur territoire en facilitant, par exemple, l’installation de nouveaux agriculteurs ou la création de potagers en milieu urbain (pour permettre aux urbains de reprendre contact avec la terre).

Au final, il n’est pas question de revenir à une autonomie à 100%, certaines agglomérations sont maintenant beaucoup trop denses, mais toutes pourraient faire mieux.  Il en ressortirait de nombreux avantages écologiques, économiques et sociétaux. Une alimentation saine et durable n’en vaut-elle pas la peine ?

Sur la bassin d’Arcachon,  le Collectif Aliment-Terre milite pour plus de terres agricoles sur le bassin et le val de l’Eyre.

* Etude disponible sur http://www.utopies.com/

 

Catherine

Catherine

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